Souvenirs d'une personne marquante

Pour un deuxième symposium, nous avons eu la chance de recevoir Mme Micheline Fournier. Mme Fournier n'a pas la prétention d'être une poête, mais elle aime bien exprimer sa créativité par l'écriture. Pour nous, elle est notre poête-maison, car elle sait si bien mettre en valeur notre municipalité par ses mots. Elle a aussi la qualité de faire venir les gens à elle naturellement. C'est pour cela que c'est elle qui dirige l'atelier d'écriture du symposium. Voici les textes qu'elle a récolté des gens qui passaient près d'elle lors de la fin de semaine artistique qui se déroulait les 13 et 14 juillet 2013.

Souvenir d’une personne chère à mon coeur...

Édith

 

D’aussi loin que ma mémoire remonte dans le temps, j’ai souvenance d’une petite bonnefemme tout menue, délicate, à la fois fragile et forte, coquette avec son grand tablier fleuri, ses mignons collets de dentelle, son collier de perles au cou ,son minuscule chignon retenu par de magnifiques peignes en ivoire…

 

Édith Fournier-Richard, ma grand-mère maternelle, a toujours occupé une place de choix dans mon cœur d’enfant.

 

Lorsqu’arrivait l’été, ma famille et moi descendions « en suivant le fleuve » à Cap-Saint-Ignace, mon coin de pays, superbe petit village, un des plus anciens le long du Bas Saint-Laurent.

 

C’était mon village natal avant que l’on vienne s’installer à Québec. Nous y retournions en hiver, au temps des Fêtes, au Jour de l’An et à ces merveilleux moments d’été de mon enfance. C’était plus qu’une simple visite. Ses yeux souriaent dès qu’elle nous voyait arriver, ses bras nous serraient : tout l’amour, la bonté, la générosité du monde enveloppaient nos cœurs d’enfants.

 

Que de p’tits bonheurs à savourer avec elle, à commencer par sa délicieuse soupe aux légumes dont l’odeur nous chatouillait les narines, dès la porte d’entrée. Savoureuse, la soupe de ma grand-mère! Elle me taquinait en m’appelant : « la mère à soupe! ».

 

Nous la dégustions dans sa cuisine d’été attenante à la grande maison. Quelle jolie pièce avec de grandes fenêtres laissant transparaître le vert feuillage des arbres, les grands champs là-bas au loin et son magnifique jardin!

 

Avec elle, nous allions « marcher le jardin », c’est peu dire, luxuriant, abondant, d’une grande variété de légumes s’épanouissant au chaud soleil de l’été, sans compter le coin des fines herbes, odorantes, riches des secrets que renfermainent tous ses délicieux plats cuisinés.

 

Édith était une femme fière, fière de son savoir-être et de son savoir-faire, amoureuse de son époux Eugène Richard, homme grand et fort, bien charpenté, de la race des faiseurs et des bâtisseurs. Bien qu’il ne parlait pas beaucoup, laissant traîner ses émotions dans l’âme, on le sentait toujours heureux de nous avoir autour de lui, dans sa maison, fumant sa pipe toujours dans la même berçante…

 

Grand-mère était aussi très habile en tout : elle confectionnait les vêtements, brodait des nappes de dentelle, tricotait, tressait des tapis et en crochetait d’autres avec de beaux paysages dans lesquels il y avait toujours des petites maisons… Ses mains habiles ne se lassaient de produire toutes ses belles choses artisanales qu’elles nous montraient avec un tantinet d’orgueil et de fierté. Ses mains habiles ressemblaient à celles d’une fée transformant tout avec tant de beauté… Quelle fascination!

 

Le soir venu, je trottinais avec elle, d’une fleur à l’autre, un arrosoir à la main. Parfois, nous en cueillions pour en faire de jolis bouquets que nous déposions « au Reposoir », sorte de petit alcôve contenant la statue de la Vierge Marie. Moment solennel et mystérieux… Les soirs de mai, les gens se déplaçaient pour venir s’y recueillir et prier. Une belle tradition d’antan que le mois de Marie!

 

Je dédie ce texte à mon aïeule maternelle Édith Fournier-Richard, celle-là même qui m’aura laissé en héritage l’amour de la vie, sa grâce et sa mgnificence, celle-là même qui a fixé dans le temps et l’espace, mes origines et mes appartenances…

 

Merci Édith!

 

Votre petite-fille Micheline xx

Pour Diane

 

Par un bel après-midi ensoleillé, le 18 juillet 1960, une quinzaine de jeunes sont allés se baigner le long de la voie ferré à Ste-Germaine Station. Le temps était très chaud et humide. Les jeunes avaient du plaisir, dont ma grande sœur Diane. Les arbres cachaient une tempête qui se préparait. Soudain, le tonnerre fit son écho et le vent se leva brutalement. La peur s'est emparé des jeunes. Ma sœur et deux autres amies sont parties à la course sur le chemin de fer. Elles se tenaient la main en courant pour se rassurer l'une et l'autre. Diane était au centre et elle perdit pied. Elles se sont donc lâché et au même moment l'éclair est venu frapper ma sœur en plein cœur et est ressorti par le talon. Les deux autres ont perdu conscience. À l'époque, les souliers avaient des clous dans les talons! C'est un monsieur Fortin qui travaillait pour le chemin de fer qui l'a ramassée. Elle était littéralement « cuite ». On ne put l'embaumer. Ma mère a toujours gardé son beau petit chemisier fleuri sur lequel on pouvait apercevoir le petit trou sur son cœur. Elle avait 14 ans. Je ne l'ai jamais connu, mais elle est très vivante dans mon cœur et j'aime lui rendre hommage en racontant son histoire.

 

Au revoir, Diane

 

Michel Rodrigue,

Lac-Etchemin

Souvenir d'une personne âgée

 

Ma mère, après que la famille ait été terminé et que les plus vieilles pouvaient faire l'ouvrage de la maison, est devenue sage-femme dans le Rang Saint-Guillaume et y restait deux jours par semaine. Elle faisait une fournée de pain aux femmes venant d'accoucher avant de revenir à la maison. Quel coup de main elle leur donnait! Elle est décédée en 1974 et plusieurs femmes sont venues me voir pour me dire combien elle leur avait rendu service.

 

Jeannine Fournier-Nadeau

Saint-Léon-de-Standon