Souvenirs des maisons d'enfance (4)

 

La maison de mon enfance

 

 

La maison où j’ai grandi avec mes 2 frères et 5 sœurs existe toujours. Elle est située dans le rang Saint-François Nord. Elle a commencé à prendre forme sous les outils de M. Joseph Moore, frère de mon grand-père Fortunat. Mon père l’a achetée en 1934 et en a continué la construction. En 1935, année du mariage de mes parents, elle était terminée.

 

Le toit, à deux versants était recouvert de bardeaux de cèdre noirs. Une cheminée de briques trônait en son centre. Les murs extérieurs eux aussi étaient en bardeaux de cèdre mais peints en jaune. Une cuisine d’été, blanchie à la chaux, la juxtaposait et un minuscule perron en bois permettait de passer d’un lieu à l’autre.

 

Si on oublie le petit grenier et la cave, ma demeure comptait 2 étages. La cuisine et la salle à manger occupait la moitié du premier étage à l’avant alors que le salon, la salle de bain et la chambre à coucher de mes parents occupaient l’autre partie. Au deuxième étage se trouvaient quatre chambres : celle des gars, deux autres pour les filles et une plus petite qui servait pour le rangement.

 

Tous les planchers, les plafonds et les murs étaient en bois et peints de différentes couleurs pâles. Des boiseries artisanales encadraient les fenêtres et les portes. Il y avait deux fenêtres à l’avant, quatre du côté sud et trois à l’arrière. Au tout début des années 50, mon père a remplacé le solage de pierres par un plus moderne en ciment et le perron d’en avant par une grande galerie.

 

Je me souviens très bien du beau poêle à bois de ma maison et aussi de celui de la cuisine d’été. Une immense table et des chaises en bois constituaient le gros du mobilier. Mon père avait même fabriqué sa propre chaise berçante que je possède d’ailleurs. En 1950, la grande armoire a été remplacée par d’autres plus modernes et un comptoir recouvert de formica a complété le tout.

 

Au printemps, on remplaçait la porte d’entrée pour une autre avec moustiquaire et les châssis doubles étaient enlevés eux aussi. L’été, les repas se prenaient dans la cuisine d’été mais nous dormions dans la grande maison où c’était beaucoup plus frais.

 

Aux murs, étaient suspendus le cadre de la Sainte Famille, celui de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, la branche de rameau et la croix de la Tempérance. À tout ça s’ajoutaient le calendrier près de la porte d’entrée et la radio brune posée sur une tablette de bois entourée de papier décoratif, le même que celui utilisé dans les armoires.

 

Le mobilier dans chaque chambre à coucher du deuxième était minimal : deux lits doubles, une commode ou un bureau et une chaise. Nos poupées, ainsi que le petit moïse fabriqué par tante Imelda avec un panier de tomates et habillé de satin rose occupait aussi un petit espace.

 

À l’extérieur devant la cuisine d’été, trônait une immense pierre que ma mère n’appréciait pas tellement. Je me rappelle très bien des capucines, des dahlias et des cosmos qu’elle faisait pousser devant et le long de la maison. Il y avait aussi des érables longeant l’entrée qui nous procuraient l’ombre si appréciée en été.

Comment oublier l’immense jardin sis entre la grosse roche et la route? Et la grande rangée de rhubarbe? Et les nombreux pommiers? De belles images me reviennent.

 

À côté de la maison, coulait un joli ruisseau. Nous nous endormions les soirs d’été en écoutant son doux murmure. Et toutes les truites que nous y avons pêchées. Quelle satisfaction!

 

Ma maison était entourée d’autres bâtiments : le hangar derrière la grange, le poulailler, la porcherie, le garage, la cabane à l’eau qui servait à conserver les bidons de lait au frais, un autre poulailler plus loin qui servait à l’élevage des coqs en été et au remisage du bois en hiver. Nous possédions une maisonnette pour enfants de l’autre côté du ruisseau où nous jouions à la madame. Quels beaux souvenirs!

 

Je me rappelle de trois chiens que nous avons possédés et d’une multitude de chats qui se sont succédé au fil des ans. Tous les prénoms inimaginables que nous leur attribuions me font encore sourire.

Mes parents étant décédés, la terre familiale avec tous les bâtiments ont été vendus en 94. Les propriétaires actuels ont repeint l’extérieur de la maison de couleur rose framboise et y ont fait des modifications bien sûr. J’aime croire qu’ils y sont heureux autant que je l’ai été et je leur suis reconnaissante de lui avoir conservé son cachet.

 

Essayer et réussir à décrire la maison de mon enfance telle que je la vois dans ma tête a été une expérience formidable mais j’ai réalisé aussi que c’est assez difficile de trouver les mots qui correspondent exactement aux images qui sont si précises pour moi.

 

Rachel Couture

Saint-Léon-de-Standon

Juillet 2012